Autonomie des maisons de jeunes: lettre ouverte à la ville de Mirabel

Montréal, 18 juin 2019

LETTRE OUVERTE

Aux membres de l’Association des Maison de Jeunes de Mirabel,
Aux citoyens.ennes de la Ville de Mirabel,
Aux élu.es et représentant.es de la Ville de Mirabel,
Aux partenaires communautaires, institutionnels, gouvernementaux et privés,

Bonjour,

 Une situation déconcertante sévit présentement à l’Association des Maisons de Jeunes de Mirabel qui se voit retirer un soutien financier de la ville représentant 650 000$, s’ajoute à cela  l’expulsion des locaux prêtés par cette dernière depuis de nombreuses années. Ainsi, plutôt que de continuer à soutenir un organisme communautaire autonome connu des jeunes et indépendante de la ville, Mirabel a choisi de créer d’autres services aux jeunes sur lesquels elle exercera le plein contrôle de la programmation et de la gestion.

Certes la ville a le droit légal d’offrir des services. N’en demeure pas moins que le résultat sera dévastateur pour les relations privilégiées entre les jeunes et les animateur.trices/intervenant.es qui se sont bâties au fil du temps. Pour la communauté qui s’investit depuis bientôt 25 ans dans l’Association des Maisons des jeunes de Mirabel et qui s’ingénie à créer des solutions adaptées aux besoins exprimés par les jeunes, cette coupure financière et ces expulsions auront tout simplement pour effet de fragiliser l’organisme pouvant même entraîner des fermetures.

À long terme, c’est la ville qui sera la grande perdante en se privant de la vitalité et de la créativité des gens de sa propre communauté. Les MDJ ne sont pas des prestataires de loisirs au service des municipalités. Elles sont des lieux de prévention et de participation citoyenne où les adolescent.es sont partie prenante du choix des orientations et de la programmation des activités afin de devenir des citoyen.nes critiques, actif-ives et responsables.

L’autonomie des organismes d’action communautaire autonome, comme l’Association et ses 6 MDJ, se voit grandement perturbée par ce type de décision.  Nous sommes 4 000 organismes répartis partout au Québec. Vous nous connaissez. Vous nous soutenez. Vous savez à quel point nous sommes indispensables pour le tissu social de vos villes et comment nous sommes créatifs pour trouver des solutions adaptées aux besoins des citoyen.nes.

Pourtant, malgré le fait que nous sommes des partenaires et des alliés naturels de longue date, nous avons de plus en plus de difficultés à nous faire respecter par les administrations publiques des municipalités et nous subissons des pressions constantes pour offrir des services répondant aux besoins de ces dernières.

Or, les organismes d’action communautaire autonome n’appartiennent ni aux municipalités, ni aux gouvernements, ni aux fondations privées. Ils appartiennent aux communautés qui les ont créés et qui les administrent via un conseil d’administration élu démocratiquement. À ce titre, ils sont libres et légitimes d’avoir le plein contrôle de leurs missions, leurs activités et leurs orientations.

Nous souhaitons que Mirabel et que les municipalités de tout le Québec fassent le choix de faire confiance aux communautés. Nous souhaitons également que Mirabel revienne sur sa décision afin que l’Association continue d’offrir un milieu de vie respectant la mission et les objectifs du projet maison des jeunes. Il est pour nous inacceptable que certaines villes utilisent leur pouvoir de bailleur de fonds afin d’exercer un contrôle sur les organismes. Le résultat est une perte flagrante de l’exercice démocratique et une détérioration du pouvoir des citoyen.nes sur leur propre communauté et avenir.

Tout comme vous, nous avons à cœur le développement social, mais nous pensons que celui-ci doit se faire par et pour les gens de la communauté qui administrent, depuis 50 ans, des milliers d’organismes communautaires avec diligence et transparence. Aujourd’hui, nous vous tendons la main pour ouvrir un dialogue sur le respect de l’autonomie de nos organismes. Nous souhaitons que vous tendiez la vôtre en retour afin que nous puissions travailler ensemble pour préserver l’un des piliers de notre filet social.

Co-signataires : 

Nicholas Legault, directeur général, Regroupement des maisons des jeunes du Québec
http://rmjq.org/ 

Caroline Toupin, coordonnatrice, Réseau québécois de l’action communautaire autonome
http://www.rq-aca.org/ 

Mercédez Roberge, coordonnatrice, Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles
http://trpocb.org/ 

Marie Anne Guichandut, coordonnatrice, Coalition Interjeunes
https://interjeunes.org/