Élections 2018: on analyse pour mieux s’organiser

L’élection du changement de cap
Le premier octobre dernier – et après de 13 années de règne libéral – les Québécois.es ont rejeté le gouvernement Couillard pour élire un gouvernement caquiste majoritaire. La vague caquiste est surtout perçue comme un vote de sanction et s’est faite au détriment de l’effondrement des deux vieux partis, le PLQ et le PQ, bouleversant complètement l’échiquier politique ainsi que tous nos points de repères. Avec la montée de QS et la victoire écrasante de la CAQ, il est clair que les Québécois.es ont voté pour un changement de cap. De notre côté, il est essentiel de positionner le mouvement communautaire comme étant un mouvement de proximité, porté par une légitimité démocratique et porteur du vrai changement de cap souhaité par les citoyennes et les citoyens.

Une légitimité contestable
Gardons en tête que malgré le fait que la CAQ a remporté une victoire écrasante en nombre de sièges, la proportion des personnes ayant voté pour elle est beaucoup moindre puisque seulement 24% de l’électorat lui a donné son appui. Bien sûr, la promesse de la CAQ de réformer le mode de scrutin dès la première année de mandat a été réaffirmée par M. Legault. Malgré cela, il sera primordial de lui rappeler son engagement et de sensibiliser la population sur le fait que le gouvernement accuse un déficit démocratique important.

La parité, vraiment?
L’Assemblée nationale a atteint avec peine la « zone paritaire » fixée à 40 %, avec 52 femmes élues représentant ainsi 41,6 % de la députation. Même s’il s’agit d’un nombre record. de femmes élues, il est évident que nous sommes encore loin de la parité femmes/hommes. D’autant plus que la Coalition avenir Québec (CAQ) a fait élire seulement 28 femmes, soit 37,8 % de la députation caquiste. Même s’il a respecté sa promesse de composer un conseil des ministres paritaire, le premier ministre Legault a confié les postes décisionnels à des hommes (garde rapprochée, chefs de cabinets, officiers parlementaires, postes-clés de la haute fonction publique). Bref, bien que le gouvernement et les médias instrumentalisent déjà le nombre de femmes élues, rappelons-nous que ce n’est pas parce qu’un gouvernement se situe dans la zone paritaire qu’il sera plus féministe pour autant.

Qu’en est-il pour le communautaire?
Les engagements électoraux de la CAQ pour le communautaire sont peu détaillées. La CAQ a promis de « mieux soutenir les organismes communautaires, de leur accorder une plus grande reconnaissance et de simplifier les procédures administratives ».

Lors du débat des partis politiques organisé par le RQ-ACA le 22 mai dernier, la représentante de la CAQ, la députée de Saint-Hyacinthe Chantal Soucy, s’est avancé plus loin, notamment sur la nécessité de s’engager dans un nouveau plan d’action gouvernemental en matière d’action communautaire. Elle a également reconnu l’importance d’indexer les subventions selon de coût du système et ce, pour tous les organismes. Enfin madame Soucy a affirmé toute l’importance du rôle et de travail des regroupements et a rejeté l’idée que les organismes, y compris les regroupements, soient assujettis à la Loi sur le lobbyisme.

Toutefois, lors des nombreuses rencontres des organismes avec les candidats.es, plusieurs préjugés ont refait surface : le dédoublement des organismes, l’optimisation des ressources, la diversification des sources du financement, etc. Il est donc primordial de recommencer notre travail de sensibilisation et d’éducation afin de déconstruire ce discours très orienté vers une vision utilitariste des organismes communautaires.

Avec la nomination du nouveau ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, monsieur Jean Boulet, le milieu communautaire ne part pas de zéro. En effet, en tant qu’ancien président de Centraide Mauricie, le ministre Boulet possède une très bonne connaissance des organismes communautaires. D’ailleurs, nous sommes impatients de le rencontrer afin de connaître sa vision et ses intentions à l’égard de l’action communautaire autonome.

Les droits sociaux menacés?
Même si le nouveau premier ministre positionne son gouvernement en rassembleur, nos préoccupations sont nombreuses et légitimes. Avec des positions anti-environnement, antiféministe, anti-immigration, etc. un gouvernement caquiste sera nécessairement plus dangereux pour les droits sociaux. Comme RQ-ACA et comme mouvement communautaire, nous avons une responsabilité de bâtir nos solidarités et d’opposer un contrepouvoir fort et uni face au prochain gouvernement afin de ne jamais laisser supposer qu’il existe un consensus social sur les enjeux remettant en question nos droits collectifs.

Vers une repolitisation du mouvement communautaire
Le mouvement communautaire est porteur d’un projet de société basé sur la justice sociale. Le glissement vers la sous-traitance qui s’opère depuis plusieurs années, doublé par une hausse constance des besoins de la population en raison des coupes dans les services publics et les programmes sociaux, ont parfois amené les organismes communautaires à perdre de vue notre projet de société et à consacrer moins de temps et d’énergie à leur action politique. Il est temps de réaffirmer collectivement l’importance de notre action politique et notre projet de société.

Perspectives d’action : par où (re)commencer?

1) S’organiser et bâtir notre argumentaire
Même s’il est tentant de se lancer tête première afin de faire connaître nos enjeux au nouveau gouvernement, il est important que le mouvement communautaire prenne le temps de s’organiser, de bâtir son nouvel argumentaire et de développer ses nouvelles stratégies d’action qui lui permettront de faire face aux enjeux appréhendés.

2) Rebâtir nos liens avec la nouvelle Assemblée nationale
Le visage de l’Assemblée nationale a tellement changé que tous les liens et les contacts sont à refaire tant au niveau des député.es, des ministres que du personnel politique et celui de la haute fonction publique. Au-delà des partis politiques, il y a des personnes. Et c’est avec ces personnes que nous devrons consacrer nos énergies à bâtir nos liens.

3) Poursuivre les solidarités avec Engagez-vous pour le communautaire
Cette campagne de mobilisation, réunissant tous les secteurs du mouvement communautaire, demeure l’un des moyens à privilégier afin de poursuivre le tissage de nos solidarités et la construction de notre rapport de force face à l’État. Rappelons-nous que c’est ensemble et par nos luttes que nous avons réussi à obtenir une augmentation d’environ 11% du financement à la mission au cours des deux dernières années.

4) Solidifier nos alliances avec les autres mouvements sociaux
Que ce soit avec la Coalition Main rouge ou avec les grandes centrales syndicales, il est primordial de solidifier nos alliances et de rester à l’affût des mouvements de convergence avec les autres mouvements sociaux afin de porter un message commun qui renforcera notre position face au gouvernement Legault.