La Garantie solidaire : un outil pour enrichir les fondations privées

Montréal, le 12 septembre 2018/ – Le Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA) accueille avec beaucoup de réserves la mise sur pied d’un nouvel outil financier dans le cadre d’un partenariat entre des fondations privées et la Caisse d’économie Desjardins. Avec Garantie solidaire, les fondations privées ont réuni 15 M$ qu’elles offrent en garantie pour un prêt à la Caisse d’économie solidaire Desjardins destiné aux organismes communautaires, aux entreprises d’économie sociale, aux coopératives et aux organismes à but non lucratif.

À première vue, on pourrait se réjouir de la venue de ce nouvel outil financier qui pourait, par exemple, faciliter l’accès à la propriété pour quelques organismes. Toutefois, cet outil risque d’être peu accessible aux organismes communautaires par le fait qu’il faille démontrer une viabilité économique. Or, les organismes communautaires n’ont pas de telle visée, l’ensemble de leurs activités étant de portée sociale.

« Il s’agit d’une façon d’endetter les organismes communautaires qui peinent déjà à joindre les deux bouts », déplore Céline Métivier du RQ-ACA. C’est d’autant plus inquiétant que les organismes devront verser des frais de garantie de 1 % à l’endosseur (la fondation) qui s’ajouteront aux frais de crédit liés à l’emprunt à la Caisse. On fait ainsi payer davantage les pauvres – les organismes communautaires – pour redonner aux riches – les fondations.

Les grandes fondations privées (McConnell, Chagnon et Saputo) ont ainsi trouvé un autre moyen de faire de l’argent tout en soignant leur image. Ce nouvel outil financier vient ainsi confirmer ce que le RQ-ACA a constaté depuis quelques année : dans leurs relations avec les organismes communautaires, les philanthropes se voient davantage comme des investisseurs sociaux, cherchant des moyens de rentabiliser les problèmes sociaux, plutôt que comme des donateurs soutenant les communautés.

Il y a pourtant un réel besoin d’investissements sérieux dans des projets d’immobilisation pour le communautaire qui peine de plus en plus à trouver des locaux abordables. Le RQ-ACA rappelle que l’investissement gouvernemental de 10 millions$ par le biais du Programme d’achat-rénovation d’immeubles communautaires (PARIC) en 2003 n’avait permis de financer que 8% des demandes et qu’il est urgent de soutenir de nouveaux projets d’immobilisation sans que les organismes soient obligés de s’endetter. Espérons que la venue de Garantie solidaire ne servira pas de prétexte à un désengagement du gouvernement en cette matière.

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Pour information : Céline Métivier, agente de recherche (514) 845-6386 / courriel crypté, activez Javascript

 Le RQ-ACA est l’interlocuteur privilégié du gouvernement en matière d’action communautaire autonome (ACA), représente 57 regroupements et organismes nationaux, et rejoint au-delà de 4 000 organismes d’ACA luttant partout au Québec pour une plus grande justice sociale.