Lutte contre la pauvreté : L’heure des choix a sonné

Lettre ouverte au ministre François Blais

 

Depuis plus de 40 ans, les organismes communautaires de tout le Québec ont contribué à la mise en place de plusieurs programmes sociaux et législations dans le but d’éliminer la pauvreté et de bâtir un projet de société basé sur les valeurs de justice sociale. Comptant aujourd’hui sur un réseau de 58 regroupements et organismes nationaux rejoignant un peu plus de 4 000 organismes partout sur le territoire, le Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA) interpelle aujourd’hui François Blais, ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, sur le prochain plan de lutte contre la pauvreté.

Nous partageons les mêmes constats d’échec que le ministre quant aux résultats des deux premiers plans de lutte à la pauvreté. Avec près d’un million de personnes vivant dans la pauvreté, le Québec fait piètre figure sur la scène internationale. D’autant plus que l’écart entre les riches et les pauvres ne cesse d’augmenter. Force est de constater que la province n’a pas atteint ses objectifs de 2002 visant à être parmi les nations industrialisées comptant le moins de personnes en situation de pauvreté.

Comment une province aussi riche que le Québec peut-elle expliquer cette situation? Des investissements insuffisants et des stratégies inadéquates expliquent cette situation. De plus, les coupes dans les services publics et les programmes sociaux ont eu des conséquences catastrophiques non seulement pour les personnes en situation de pauvreté, mais pour l’ensemble de la population.

La pauvreté d’une personne se mesure par son incapacité à combler ses besoins de base. Ainsi, une lutte sérieuse contre la pauvreté doit s’attaquer aux causes de celle-ci et doit se traduire en revenu direct aux citoyens (hausse du salaire minimum, des prestations d’aide sociale et de retraite, accès à des logements sociaux, etc.). Elle doit viser le respect des droits humains (droit à l’éducation, à la santé, à un revenu décent, au travail, etc.), notamment par un réinvestissement dans les services publics. Cette bataille doit se mener par une redistribution de la richesse mettant davantage à contribution les mieux nantis et les grandes entreprises. Soulignons qu’au Québec, la richesse se concentre entre les mains d’une infime partie de la population, c’est-à-dire le 1 % des mieux nantis qui a développé diverses formes d’échappatoires fiscales contribuant ainsi à la réduction des protections sociales.

Les informations de première heure sur le prochain plan de lutte annonceraient un financement supplémentaire pour les organismes communautaires. Tout en accueillant positivement cette nouvelle, nous sommes d’avis qu’il est primordial que ce soutien se fasse dans le respect de l’autonomie des groupes et qu’il se traduise par une hausse substantielle de leur financement à la mission globale.

À la veille du dépôt du prochain budget provincial, et dans le contexte des milliards de surplus budgétaires annoncés, les organismes d’action communautaire autonome nourrissent beaucoup d’espoirs dans le prochain plan de lutte contre la pauvreté et souhaitent le voir déposé dans les plus brefs délais. Ces organismes travaillent pour que les citoyens et citoyennes puissent améliorer leur condition de vie. C’est pourquoi nous souhaitons que nos recommandations soient appliquées afin que le Québec se donne les moyens de mener une lutte contre la pauvreté à la hauteur de notre richesse collective et de nos valeurs.

Claudelle Cyr

Présidente du RQ-ACA

Télécharger la lettre