Le Dr Julien serait-il le seul à échapper à l’austérité?

Montréal, le 30 juin 2015

Lettre de Claudelle Cyr, présidente du Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA) en réponse aux propos du Dr Julien dans l’article de Louise Leduc, « Gilles Julien : L’État n’a pas à nourrir nos enfants », paru dans La Presse du 25 juin 2015

La promesse d’une contribution gouvernementale de 22 millions$ à la Fondation du Dr Julien pour les cinq prochaines années lors du dernier budget nous avait fait sourciller, surtout que cette contribution pouvait atteindre 60 millions$ d’ici 2020. En pleine période d’austérité, alors que les services accordés aux personnes les plus démunies connaissent des compressions majeures, il nous semblait étonnant que tant d’argent soit accordé à une seule Fondation. Cela était d’autant plus étonnant que le ministre des Finances sollicitait un effort budgétaire considérable de la part des services publics et des organismes d’action communautaire déjà en mode survie.

Et voilà que le « bon » Dr Julien en remet en se vantant d’être le seul gagnant du dernier budget. Il s’agit d’un coup de couteau (et même d’un sabre!) qui va droit au cœur des organismes d’action communautaire autonome. Faute de fonds adéquats, plusieurs d’entre eux doivent mettre du personnel à pied une bonne partie de l’été et certains doivent même fermer leurs portes alors que les besoins sont toujours criants. Et que dire des organismes qui ont déjà diminué les heures de travail du personnel (parfois rendu à trois jours par semaine) pour être en mesure de continuer à assurer le service, avec un budget qui rétrécit comme peau de chagrin?

En grand moralisateur social, Dr Julien plaide pour des communautés qui « se prennent en main » et des familles qui se mobilisent, ce que font les organismes d’action communautaire autonome en les invitant à s’impliquer dans les activités, au sein de comités, en siégeant sur le conseil d’administration. À l’inverse, la quasi-totalité du conseil d’administration de la Fondation n’est composée que de gens d’affaires, qui décident ce qui est bon pour vous familles et communautés! C’est tout de même choquant.

Qu’une fondation veuille utiliser son argent à aider les enfants les plus démunis, c’est tout à son honneur. Qu’elle utilise les fonds publics pour offrir des services qui auraient pu être assumés par les établissements publics si on leur en avait donné les moyens (les CLSC par exemple), c’est grandement questionnable. Que son fondateur se vante de pouvoir recueillir des dons du milieu, alors que sa réussite est largement due à la tribune et au soutien accordé par la Société Radio-Canada par une guignolée, c’est un manque de modestie. Que ce même fondateur se targue de faire mieux que le secteur public, alors qu’il bénéficie de dizaines de millions $ de l’État, c’est tout simplement scandaleux!

Mais le plus révoltant c’est que nous sommes face à un gouvernement qui affaiblit ses propres services publics et qui encourage le démantèlement d’un réseau universel et accessible à l’ensemble de la population. Et que dire du sous-financement chronique dans lequel le gouvernement maintien les organismes d’action communautaire autonome. Si l’État n’a pas à nourrir nos enfants (ce avec quoi nous ne sommes pas d’accord), elle n’a certainement pas à nourrir les poches d’une fondation.